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Le blé made in France cartonne plus que jamais !

Si l’élevage français se porte mal, la filière céréale s’est elle beaucoup mieux intégrée à la mondialisation. Décryptage avec Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et auteur de Géopolitique du blé (Armand Colin).

Le blé occupe 10% de la surface du pays et dégage pas loin de 10 milliards d’excédents commerciaux par an pour la France – il n’y a guère qu’Airbus qui fasse mieux – mais l’on n’en parle quasiment jamais. Pourquoi ?

Sébastien Abis : La dernière fois que le blé a fait la une, c’est quand il y a eu surchauffe sur les prix en 2007–2008. Cela tient à la place de l’agriculture dans l’actualité, on ne parle que des crises : scandales alimentaires, révision de la Politique Agricole Commune, manifestations d’éleveurs, etc. On n’aborde pratiquement jamais les questions agricoles sous un angle positif, comme si le fait d’avoir une agriculture performante – comme c’est le cas pour le blé – était un acquis à passer sous silence. Le blé fait partie du décor et on l’oublie, car en France on ne s’inquiète plus de manquer de pain. Mais c’est oublier à quel point cette céréale reste convoitée. Le blé est le produit agricole le plus échangé de la planète et il joue un rôle clé pour la vie de 3 milliards de terriens. Sur les 700 millions de tonnes produits chaque année, environ 160 millions de tonnes sont destinées à l’exportation. Soit une proportion de 15 à 20% selon les années, ce qui est deux fois supérieur à la moyenne des autres produits agricoles.

On connaît la géopolitique du pétrole, mais pas celle du blé.

Sébastien Abis : C’est pourtant une histoire vieille comme le monde. Le blé que l’on a commencé à cultiver voilà 10.000 ans dans le croissant fertile – la région où se trouvent la Turquie et l’Irak – est la plante qui a permis à l’homme de se sédentariser. Et de tous temps, il a été l’objet d’un commerce vital. Athènes était une cité sans blé et devait en acheter dans le Pont Euxin, comme on appelait la Mer Noire à l’époque, en Egypte ou en Sicile. C’est ainsi qu’elle a développé sa puissance navale. A Rome, le pouvoir distribuait du pain – un peu comme les régimes qui aujourd’hui le subventionnent pour acheter la paix sociale – et il lui fallait donc sécuriser son approvisionnement en blé qui venait d’Afrique du Nord. Beaucoup plus près de nous, les Américains, premier producteur mondial, n’ont pas hésité à utiliser l’arme du blé pour pousser l’Egypte à signer l’accord de paix avec Israël en 1979. Kissinger avait expliqué à Sadate que c’était une garantie du maintien de l’aide alimentaire. Les pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord qui ne couvrent que 40% de leurs besoins sont toujours très dépendants des importations de blé. Pour la France qui est le cinquième producteur mondial c’est une occasion d’affirmer son rôle géopolitique et son excellence agricole.

Vous voulez dire que notre pays doit aussi se servir de l’arme du blé ?

Sébastein Abis : Je crois en tous cas que le blé est un parfait ambassadeur de notre diplomatie économique. Il me semble plus constructif de vendre à l’Egypte du blé que des Rafale, mais bien sûr on ne parle que des ventes d’armes. On n’arrête pas de parler du made in France et bien soyons fier de notre blé ! Nous sommes le troisième exportateur mondial et la moitié de notre production, soit 20 millions de tonnes, est écoulée à l’étranger. Notre filière blé vient de loin – la France n’était même pas autosuffisante dans les années soixante – mais a su se moderniser, se concentrer et jouer le jeu de la mondialisation. Je ne dis pas que c’est un modèle à suivre pour l’élevage, dont les impératifs sont très différents. N’empêche que le contraste entre la prospérité de la branche céréalière et les difficultés de l’élevage donne à réfléchir.

A 200 dollars la tonne sur le marché de Chicago, les cours sont grosso modo deux fois plus bas qu’au moment de la crise de 2007-2008. Est-on à l’abri d’un nouveau coup de chauffe ?

Sébastein Abis : Cela, personne n’en sait rien ! Le cours des matières premières agricoles peut toujours être impacté par un événement climatique ou géopolitique, voire des prises de positions spéculatives d’acteurs extérieurs au marché. Les deux dernières récoltes ont été bonnes et il semble que celle de cette année ne sera pas trop affectée par la canicule. Ce qui semble écarter l’hypothèse d’une brutale envolée des prix. En ce sens, le blé se comporte comme l’ensemble des matières premières actuellement, à commencer par le pétrole qui donne le tempo. Il ne faut pas oublier que les cours sont nettement plus élevés que dans la décennie précédant la crise de 2007-2008 où ils tournaient autours de 100 dollars la tonne.

Propos recueillis par Eric Wattez

 

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